
Kurt Mürset, Bâle | Traduction Norbert Li-Marchetti, Berne
N’ayez crainte, nous ne tapons pas ici sur les grecs. Bien que cela soit plutôt populaire en ce moment. Nous n’allons pas non plus en assassiner, malgré les nombreux polars dans cet article.

Je me suis dernièrement mis à lire un roman policier. Un polar grec. L’auteur s’appelle Petros Markaris et il doit être un homme très intelligent. Je ne dis pas ça simplement après la lecture de son livre, mais parce qu’il s’est exprimé dans un journal sur les évènements qui se déroulent dans sa patrie, et que c’est l’une des choses des plus sensées que j’ai pu lire sur la Grèce jusqu’à présent. J’ose espérer que Merkozy, respectivement Sarkomerkel ou quelque soit le nom qui peut bien être donné au duo de dirigeants européens, auront aussi pris le temps de le lire. Mais Markaris n’est pas seulement intelligent, il est aussi actuel et donc malin : son dernier roman traite de dettes, de banques et de crises. Tout en grec, s’entend. Laissons pour une fois de côté Euro, dettes et crise, et il nous reste un commissaire Charitas à Athènes, tel que le fait Salvo Montalbano en Sicile ou un Guido Brunetti à Venise, un Bruno, chef de police dans le Périgord, commissario Laurenti à Trieste, Kurt Wallander à Ystad, Erich Van Veeteren à Mardam, Omar Jussuf à Bethlehem et – celui qui compte les villes, cite les noms et tous ceux qui ont trouvé la mort . . .
La liste se laisse prolonger à volonté. Et je continue à ruminer dans mon coin pour savoir pourquoi elle est si longue et semble s’allonger encore plus. C’était beaucoup plus simple, dans le temps. Il y avait là le gentleman dans la Baker Street à Londres, le commissaire à la pipe à Paris et l’autre Belge herculéen, plus un ou deux types costauds aux USA. Bien sûr, Sherlock enquêtait à Londres, Maigret à Paris et Philip Marlowe en Californie. Mais c’était plutôt secondaire. Aujourd’hui par contre, il semble qu’un nouveau genre du roman policier s’établisse. S’il ne devait pas déjà exister, je demande à l’introduire ici: le polaro-toursime. Le slogan qui va avec, «le meurtre assorti à votre destination vacance», a le droit d’être réutilisé.
Ce n’est pas dirigé contre Markaris. Il écrit ses histoires sur la toile de fond qu’il connaît le mieux: Athènes. Si je devais écrire des polars, ils se dérouleraient à Bâle. Parce que j’ai le plan de la ville en tête et je sais à peu près ce qui s’y passe. Mais ces polars existent déjà, même en film, raison pour laquelle je préfère laisser tomber. Je pense plutôt que cela fait partie d’une bonne stratégie de commercialisation que d’avoir une paire d’euro-commissaires (pardon!) dans le programme. Et même si cela ne suffit que pour trois jours au forfait à Athènes, alors nous voulons au moins en ramener un peu de couleur locale. Et l’affaire de meurtre aussi. Comme ça nous en frémirons plus tard encore un peu, quand nous nous rappellerons d’avoir bu un café exactement dans la rue où, dans le livre, ça a pété. Et finalement: si tout est déjà globalisé, pourquoi pas aussi les polars ?
Il serait peut-être temps d’écrire un nouveau roman. A propos d’un congrès de la police par exemple. Situé à Rio. Je n’y ai encore jamais mis les pieds. Et faire des recherches in situ est finalement l’alpha et l’oméga d’une telle histoire. Donc, tous ont le droit de se retrouver à ce congrès. Hercule Poirot serait connecté directement à partir de sa maison de retraite et on y ferait venir par avion Vincent Clavino de Thaï-lande. J’y enverrais aussi notre Hunkeler, pour une fois Rio et pas toujours l’Alsace, cela lui ferait sûrement du bien. Et je les y laisserais tous discuter ensemble. Et parce que dans le monde entier on ne fait qu’assassiner, tous les commissaires pourraient pour une fois débattre des coûts de la vie dans leurs grandes villes de la bureaucratie qui leur rend la vie difficile, comme aussi au reste des citoyens et des touristes qui trébuchent à travers leurs villes et s’y perdent. Et pour que cela devienne un vrai polar, Brunetti devrait suspecter Charitas de lui avoir piqué son portefeuille ou quelque chose dans ce genre. Et tous les coryphées (encore un de ces mots grecs) rassemblés, rameraient relativement désarmés, sans leurs réseaux, leurs informateurs, leurs assistantes réalisant des prouesses, leurs machines à café et leurs bistrots habituels, dans une ville qui leur est étrangère. Mais peut-être que ce polar existe déjà. Cela aurait l’avantage de me permettre de me consacrer un peu plus à la politique dorénavant. Comme dans ma dernière glose. J’y avais légèrement branlé du chef à propos des affiches avec les chaussures de randonnée d’un grand parti politique suisse. Et voilà qu’ils n’ont pas pu progresser lors des dernières élections. Pas mal, non? Sur ce: tout le pouvoir à la glose!

